5 exercices d’écriture créative pour entraîner sa plume

Et si, pour mieux écrire, il suffisait de commencer par regarder, se souvenir, imaginer… et parfois raconter n’importe quoi ?

On imagine souvent qu’il faut attendre l’inspiration pour écrire. Comme si elle était une petite créature capricieuse qui passerait de temps en temps déposer une enveloppe dans notre boîte aux lettres.

Mauvaise nouvelle : elle n’a pas toujours le sens de l’organisation.

La bonne, c’est qu’on peut entraîner sa plume. Comme on entraîne sa mémoire, son regard ou son oreille. Quelques minutes d’écriture suffisent parfois à faire surgir une image, un souvenir ou une phrase que l’on n’aurait jamais trouvés en restant devant une page blanche à attendre le miracle.

Voici donc 5 exercices d’écriture créative simples à faire chez soi — ou même au bureau, pour réveiller les mots et retrouver le plaisir d’écrire.

1. Lundi : faites la liste de ce que vous aimez

Pour commencer la semaine, oubliez les listes de courses.

Faites plutôt la liste des choses et des êtres que vous chérissez !

Votre enfant. Votre compagnon. Une amie. Votre grand-mère. Mais aussi l’odeur du café le matin, une maison de famille, les dimanches pluvieux, une chanson que vous aimez fredonner, le bruit des clés dans la serrure lorsque quelqu’un rentre…

Ne cherchez pas à faire joli. Écrivez ce qui vous vient.

Puis essayez d’autres listes :

Les endroits où vous vous sentez bien.

Les petits détails du quotidien.

Vos petites madeleines de Proust.

Vous verrez peut-être apparaître des souvenirs que vous n’aviez pas convoqués depuis longtemps.

Et c’est justement ce qui rend l’exercice intéressant : écrire, c’est souvent apprendre à regarder ce qui compte.

« J’aime ma grand-mère » est une phrase juste.

« Ma grand-mère gardait toujours deux carrés de chocolat dans le tiroir de sa table de nuit » commence déjà à raconter une histoire.

2. Mardi : écrivez sans savoir où vous allez

Aujourd’hui, pas de sujet.

Installez-vous quelque part et regardez.

Une fenêtre. Une rue. Votre cuisine. Un café. Vos collègues. Même cette plante verte qui semble avoir abandonné tout espoir de survie depuis trois semaines.

Puis écrivez.

Sans réfléchir.

Pendant cinq ou dix minutes, notez ce que vous voyez, ce que vous entendez, ce qui vous traverse l’esprit. Ne corrigez pas. Ne cherchez pas à construire une histoire.

Une voiture passe.

Une femme téléphone.

Quelqu’un rit dans le couloir.

Vous pensez soudain à votre grand-père.

Puis à une plage.

Puis au fait que vous avez oublié d’acheter du pain.

Tout est permis !

C’est le principe de l’écriture libre : laisser les mots circuler sans chercher immédiatement à les organiser.

Le but n’est pas de produire un chef-d’œuvre.

Le but est de faire sauter le verrou de la page blanche.

Et parfois, au milieu de ce qui ressemble à un joyeux bazar, surgit une phrase étonnamment juste.

Gardez-la.

Les bonnes histoires aiment parfois se cacher dans les endroits les plus inattendus !

3. Mercredi : partez d’une phrase

Lorsque la page blanche devient un peu trop intimidante, donnez-lui un coup de pouce.

Prenez une première phrase. N’importe laquelle.

Par exemple : « C’était un être formidable, en tout et pour tous, mais en lui-même brûlait un autre feu. »

Et poursuivez.

Qui est cette personne ? Quel est cet autre feu ? Pourquoi personne ne le connaît-il ? Que va-t-il se passer ?

Vous pouvez aussi ouvrir au hasard un roman ou un recueil de nouvelles et choisir une phrase qui vous inspire. Puis laissez votre imagination partir dans une tout autre direction.

L’idée n’est évidemment pas de copier la suite du texte original. Il s’agit simplement de prendre une phrase comme tremplin.

Cet exercice permet de travailler une question essentielle en écriture :

Et après ?

Un homme entre dans une pièce.

Et après ?

Il trouve une lettre.

Et après ?

Il reconnaît l’écriture.

Et après ?

Il comprend que cette lettre a été écrite trente ans plus tôt.

Vous voyez où cela mène ?

Moi non plus !

Et c’est précisément là que se loge le plaisir de l’écriture.

4. Jeudi : inventez le livre que vous aimeriez lire

Aujourd’hui, vous êtes écrivain.

Enfin… presque.

Prenez une feuille et imaginez quelques idées de romans.

Quelques lignes suffisent.

Une femme retrouve dans une brocante un carnet ayant appartenu à sa mère, morte vingt ans auparavant.

Un homme reçoit chaque année, à la même date, une lettre d’une personne qu’il croyait avoir oubliée.

Dans un village, quelqu’un connaît tous les secrets des habitants parce qu’il répare les horloges.

À vous de jouer.

Vous pouvez même écrire les premières lignes de l’une de ces histoires.

Ne vous demandez pas immédiatement si l’idée est bonne. Laissez-vous le droit d’imaginer.

Car écrire, c’est aussi jouer : essayer, exagérer, changer de direction, recommencer.

Et parfois, au milieu de trois lignes griffonnées un jeudi soir, se trouve le début d’un projet que l’on gardera longtemps.

5. Vendredi : transformez votre journée en fiction

Voici peut-être mon exercice préféré…

Prenez la journée qui vient de s’écouler. Et transformez-la en histoire.

Vous avez pris le métro ? Faites-en le décor d’une rencontre mystérieuse.

Votre collègue vous a envoyé un message étrange ? Faites-en le début d’une intrigue.

Vous avez attendu vingt minutes chez le médecin ? Imaginez que la personne assise à côté de vous connaisse votre secret le mieux gardé.

Vous avez raté votre bus ?

Félicitations : vous venez peut-être d’éviter un terrible destin.

En fiction, tout peut devenir matière à récit.

Vous pouvez même faire de vous-même le héros ou l’héroïne de votre histoire, en modifiant quelques détails.

Changez le lieu. L’époque. Les personnages. La fin.

Demandez-vous simplement : Et si cette journée s’était passée autrement ?

Cet exercice nous rappelle une chose précieuse : la matière première d’une histoire se trouve souvent dans notre quotidien.

Il suffit parfois de déplacer légèrement le réel pour que la fiction apparaisse.

Et le week-end ? On lit… et on relit

Après cinq jours, vous avez probablement composé quelques pages.

Certaines vous feront sourire. D’autres vous sembleront absolument épouvantables. C’est normal !

Ne jetez rien tout de suite.

Profitez du week-end pour lire. Un roman, une nouvelle, un récit autobiographique. Observez les phrases, les personnages, les détails, les silences.

Puis relisez vos propres textes, avec un peu de distance.

Vous découvrirez peut-être qu’une phrase mérite d’être conservée. Qu’une idée pourrait devenir une histoire. Qu’un souvenir contient davantage qu’il n’en avait l’air.

Ou qu’une idée qui vous semblait formidable mardi est, finalement, absolument catastrophique.

Ce qui est également une information très utile.

Écrire, c’est aussi apprendre à regarder

Ces cinq exercices ont finalement un point commun : ils nous apprennent à regarder autrement.

Regarder les autres. Les lieux. Les détails. Nos souvenirs.

Et surtout, regarder ce qui nous semble parfois trop banal pour mériter d’être raconté.

Pourtant, les récits de vie sont rarement constitués de grands événements uniquement.

Ils sont faits d’un parfum, d’une phrase entendue autrefois, d’une robe, d’une cuisine, d’une photographie, d’une coutume familiale, d’un trajet que l’on a fait mille fois.

C’est souvent là que se cache l’émotion.

Et c’est précisément cette matière qui nourrit l’écriture autobiographique et les récits de vie.

Alors, si vous avez envie d’écrire, ne cherchez pas forcément une grande histoire.

Commencez par une petite phrase. Puis une autre. Et voyez où les mots vous emmènent.

Qui sait ? Ces exercices peuvent aussi vous conduire à raconter votre propre histoire. Car avant d’écrire une biographie, il faut parfois simplement apprendre à regarder autrement ce que l’on croyait connaître par cœur.

Écrivons ensemble votre histoire
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