Souvenirs d’enfance par temps de guerre

Biographie familiale

Le quotidien pendant la Guerre

Ma mère est décédée le 15 mai 1943 à Montrevel-en-Bresse. Elle souffrait d’une maladie rénale et à l’époque, on ne savait pas comment soigner ce genre de maladie. J’ai appris bien plus tard qu’elle avait été enterrée à Malafretaz car on m’a caché son décès. On m’a dit qu’elle était hospitalisée à Lyon, alors je lui écrivais des lettres. J’avais six ans. Et c’est à cet âge-là que j’ai retrouvé mon père. Il était prisonnier des Allemands mais une convention passée entre Pétain et Hitler autorisait les prisonniers veufs à rentrer chez eux. C’est ainsi que mon père est revenu à la maison en décembre 1943. Militaire, il avait été mobilisé avant la guerre, quittant la maison quand j’avais deux ou trois ans. Ma mère étant seule pour s’occuper de moi, mes grands-tantes, qui étaient âgées, sont venues l’aider. Il y avait Céline, qui faisait bien la cuisine, et puis Mélanie, que j’appelais tante Nana. Elle m’emmenait tous les jours à l’école à l’autre bout du village.

J’ai eu une enfance excessivement protégée, à la fois par mes tantes qui m’ont élevé en me taisant que j’étais orphelin, mais aussi par les habitants de Montrevel, où la Résistance s’organisait. À aucun moment je n’ai senti que nous étions en pleine guerre. Même en 1944, quand les événements sont devenus dramatiques, on nous a protégés. Les voisins étaient charmants, on allait chez les petits copains. Cela faisait comme un barrage à la guerre. Il y avait parfois des privations mais nous n’avons jamais manqué de rien.

Montrevel-en-Bresse pendant la Résistance

Montrevel était une petite ville de marché d’environ 3000-4000 habitants, entièrement structurée avec une Grenette où l’on vendait des poulets de Bresse, une poste, un hôpital, les gendarmes… La Résistance y était très active. Mon grand copain André B. était le fils d’une grande figure de la Résistance dans l’Ain, Emma B.. Son hôtel-restaurant servait de lieu de réunion et d’hébergement pour les Résistants, notamment ceux de Saône-et-Loire venus se réfugier après les attaques de Beaubery et de Thel. Quant à leur voisine, Francine F. secrétaire de mairie à Montrevel, elle a reçu la médaille de la Résistance. Elle fournissait des fausses cartes d’identité à des clandestins et assurait des liaisons entre Montrevel, Bâgé-le-Châtel et Vonnas.

Début 1944, Bourg-en-Bresse a connu des rafles. Une vingtaine de Juifs ont été assassinés et leurs corps ont été exposés aux yeux de tous. C’est alors que la Résistance nous a pris en charge : nous avons voyagé de nuit dans des camions en direction de Saint-Étienne-sur-Reyssouze, un petit village près d’une forêt à une quinzaine de kilomètres de Montrevel. Avec mon père et mes grands-tantes, nous avons dormi plusieurs nuits dans une étable avec des vaches avant que l’on nous trouve une petite maison où nous cacher.  Mon père s’absentait souvent, il partait à vélo je ne sais où. Je le soupçonne d’avoir été dans la Résistance puisqu’il était bilingue et parlait parfaitement allemand.

1- La Grenette désignait autrefois un marché couvert ou une halle, généralement réservée à la vente de grains (blé, avoine, orge, etc.). Par extension, la Grenette était souvent le lieu où se déroulaient les marchés de volailles.

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