De hasard à élite : l’histoire de mon exploit sportif
Tout a commencé par une erreur d’aiguillage. Je faisais mes études à La Sorbonne, en 2004, quand je franchis les portes d’association sportive avec un objectif en tête : devenir champion olympique de lutte. Le rugby, lui, n’était qu’un sport que j’admirais de loin, presque avec curiosité, sans imaginer qu’il deviendrait un jour central dans ma vie. Puis il y eut une rencontre. Un entraînement. Une ambiance. Et ce qui devait être un simple détour devint une trajectoire. Pendant quatre ans, j’ai appris à jouer, à perdre, à encaisser — mais surtout à faire corps avec une équipe. Nous étions loin des standards professionnels : terrains approximatifs, entraîneurs improvisés, moyens limités. Rien ne nous prédestinait à aller plus loin. Mais nous avions autre chose. Une énergie infinie. Une envie féroce. Une forme d’insouciance aussi, qui nous poussait à tenter malgré les risques. Match après match, victoire après victoire, défaite après défaite, quelque chose s’est construit. Une cohésion. Une confiance. La conviction discrète que, peut-être, nous pouvions aller plus loin que prévu. Jusqu’au jour où nous efforts ont fini par payer : nous avons atteint le championnat élite. Ce n’était pas seulement une performance sportive. C’était l’aboutissement d’un chemin improbable, fait de détours, d’échecs constructifs, de nombreux doutes, de persévérance et de solidarité. J’ai compris alors qu’un exploit ne se mesure pas seulement à une victoire. Il se mesure à la distance parcourue entre le point de départ — souvent incertain — et celui où l’on ose enfin croire que tout devient possible.
Boule de poils
« Tu m’as rencontrée sans surprise, non sans bonheur ». Colette Deux grandes billes couleur grenat tsavorite, cerclées de turquoise. Des yeux en amande au pouvoir hypnotisant. Tu ne m’as laissé aucune chance : dès que j’ai croisé ton regard, ma féline, j’ai su que tu allais désormais faire partie de ma vie. Et que, malgré tes quelques centimètres, tu allais m’en faire voir de toutes les couleurs. Tu as déboulé telle une tornade flamboyante par un après-midi ensoleillé. Nous étions au début de l’été et la chaleur invitait à la rêverie. L’apathie, très peu pour toi. Toute espiègle et téméraire que tu étais déjà, tu préférais mille fois t’aventurer hors de ton panier plutôt que jouer la paresse ou de feindre la timidité. Héloïse nous avait quittées à peine quatre mois plus tôt, après dix-sept ans de vie commune. Plus de la moitié de ma vie. J’étais encore en deuil et n’étais pas prête à t’accueillir. Du moins le pensais-je. Tu te souviens ? Tu étais pourtant si mignonne, petite mutine à la robe écaille de tortue, avec cette grande tache blonde au-dessus de ta tête qui se fondait sur ta fourrure tel un coucher de soleil. Ton adorable frimousse te donnait des airs de yin et de yang : tigré sur la face droite, la gauche couleur ébène. Pas plus grande que ma main, tu attirais les câlins. Une idée folle quand on connaît ton caractère tempétueux. Car pour t’approcher, il fallait d’abord t’apprivoiser ! Ton obsession était de parcourir de nouvelles contrées aux mille recoins sinueux, promesses de grandes aventures. Des terrains de jeu infinis à explorer, toutes griffes et quenottes dehors, pour le chaton casse-cou et bagarreur que je découvrais. D’ailleurs, je porte toujours les marques de notre première rencontre à mon poignet gauche… J’ai donc dû t’apprendre quelques règles de convivialité : ne pas mordre, faire patte de velours, renoncer aux massages capillaires improvisés sur ma pauvre tête au milieu de la nuit, et éviter la rambarde traîtresse du balcon. La tête de mule que tu es aura tout de même récidivé dans la bêtise à moult reprises, m’infligeant à chaque chute une inquiétude teintée de colère, de culpabilité… et de honte aussi. Improviser une chasse au trésor nocturne en chemise de nuit, lampe de poche dans une main, sac de croquettes dans l’autre, et vociférer ton nom d’une voix éraillée devant des voisins éberlués n’est pas ce qu’il y a de mieux pour l’égo. Crois-moi.
Chouchou, au gré de ses souvenirs
Un regard doux et aimant. Et une tendresse débordante pour ceux qu’elle aime. Ses yeux vert émeraude, que faisait ressortir sa chevelure noir de jais, en ont fait chavirer des cœurs. Il faut dire que, dans sa jeunesse, on aurait pu la confondre avec Liz Taylor si la couleur de ses yeux ne l’avait trahie. Rolande – « Chouchou » pour les intimes, pseudonyme choisi on ne sait comment par l’une de ses cadettes, Nat (ou Bernadette pour l’état civil, la famille ayant un goût immodéré pour les surnoms) – est née le 23 novembre 1953 à Autun, en Bourgogne. Elle est l’aînée d’une fratrie de sept enfants, – quatre filles et trois garçons. Georges, de dix-huit mois son cadet, André, la précitée Bernadette, Serge, Anne-Marie – née onze ans plus tard, tout pile -, et Marie-Claire, qui a vu le jour l’année de ses treize ans. Devenue grande sœur alors qu’elle portait encore des couches-culottes lavables – non par souci d’écologie mais parce qu’en 1955, les versions jetables n’existaient pas encore -, Rolande s’est vite retrouvée à devoir aider sa maman, Ginette, à la maison. Il fallait être sage, ne pas causer trop de soucis (ça, c’était l’affaire des garçons), et toujours faire de son mieux. […] L’âge adulte […] Amour et déconvenue C’est lors d’un déplacement pour son travail que Chouchou rencontra Patrick, un charmant cuisinier originaire de Gap, à l’été 1979. Ils tombèrent amoureux, et la jeune femme à l’allure de star de cinéma se projeta facilement dans une vie à deux, loin de Paris. La relation se construisit petit à petit, à distance, nourrie de retrouvailles ponctuelles. Et contre toute attente, alors que les médecins lui avaient laissé entendre qu’elle devait renoncer à la maternité en raison de kystes inquiétants, Chouchou tomba enceinte à la fin du mois de septembre 1980. Dès qu’elle apprit la nouvelle, un bonheur inouï l’envahit et ne la quitta plus jamais. Patrick, en revanche, ne vit pas cet heureux événement du même œil. Chouchou avait vingt-six ans, lui en avait vingt-quatre, et comptait encore profiter de la vie sans attache. Maman Une sacrée désillusion dont Chouchou se remit en se consacrant entièrement à sa grossesse. Elle arrêta de fumer, prit vingt kilos, et s’adonna à son bonheur grandissant. Ginette ayant eu quelques soucis cardiaques, l’aînée était revenue vivre au domicile parental peu de temps auparavant. C’est donc entourée de sa mère, de son père et de ses trois plus jeunes frères et sœurs qu’elle attendit son bébé. […] Au deuxième trimestre, le gynécologue qui la suivait à la clinique Île-de-France, où Chouchou avait choisi d’accoucher, lui apprit que son bébé se présentait par le siège. Le mystère du sexe demeura jusqu’à l’accouchement, programmé le 18 juin. Serge l’accompagna en voiture – Chouchou dut se résoudre à arrêter de conduire à sept mois de grossesse, son ventre ne passant plus derrière le volant. Elle prépara sa chambre et les affaires du bébé, enfila sa chemise de nuit rose tendre achetée pour l’occasion et revêtit sa robe de chambre en satin assortie. Elle descendit ensuite au bloc où on lui fit troquer sa tenue d’apparat contre une blouse médicale. Elle reçut sa césarienne sous anesthésie générale, ce qui, à ses yeux, eut l’avantage de la dispenser des contractions. Pour ce qui est des douleurs postopératoires, ce fut une autre histoire. Elle ne fit la connaissance de sa fille, née à 12h30, que quelques heures plus tard. La sage-femme vint la lui présenter et la posa sur son ventre, encore tout endolori. « 3,350kg et 50 cm d’un bonheur bien au-delà des mots » aime-t-elle répéter à chaque anniversaire. Et c’est ainsi que je rencontrai pour la première fois ma maman, celle qui ne cessa depuis lors de me prodiguer un amour infini, de m’offrir des souvenirs merveilleux et de me transmettre le goût des histoires.
Escape game et pétales de roses
J’ai toujours pensé que le mariage n’était pas pour moi. J’étais même plutôt contre cette idée… jusqu’à ce que je rencontre J. À la fin de notre premier rendez-vous, j’étais convaincu non seulement que nous allions nous mettre en couple, mais qu’il serait l’homme de ma vie. Il ne s’était pourtant rien passé de particulier, pas même un baiser. Et pourtant, j’ai aussitôt annoncé à tous mes amis que j’avais rencontré mon futur mari ! Demander sa main… Tout a débuté un vendredi matin. Je travaillais alors dans un groupe média dédié à l’éducation. Nos bureaux étaient situés dans une ancienne maison répartie sur plusieurs étages. J’aimais me réfugier dans une petite pièce au calme, au deuxième, sous les combles. Un espace que je partageais avec deux vidéastes avec qui je m’entendais bien. Ce jour-là, je leur ai confié mon projet de demander la main de J. et je leur ai demandé s’il voulait m’aider à réfléchir à ma demande en mariage. Sur un tableau qui nous servait d’ordinaire pour nos vidéos de mathématiques, nous n’avons commencé à dessiner une « mind map » avec le mot « mariage » dans une bulle centrale, autour de laquelle gravitaient d’autres bulles : « bague », « fleurs », « à offrir »… De ces bulles partaient d’autres ramifications. Par exemple, le « lieu » débouchait sur plusieurs hypothèses : un restaurant ? Un bateau ? En centre-ville ? Nous nous sommes tous pris au jeu et les rires fusaient, si bien que les collègues qui montaient nous saluer finissaient par rester pour apporter leur propre contribution. Nous nous sommes retrouvés à 7 ou 8 dans moins de 10m² à réfléchir à ce que serait ma demande en mariage toute la matinée ! À l’heure du déjeuner, je commençais à entrevoir les contours de ma future demande. J. étant quelqu’un de pudique, faire une grande déclaration sur la place publique était impensable. Il me fallait imaginer un scénario qui se déroule dans l’intimité. De même, fleurs et chocolat étaient à proscrire. Avec toutes ces données en tête mais sans piste concrète, je terminai la journée avec une sensation d’inachevé. L’alignement des planètes Perdu dans mes pensées, je croisai une jeune femme rencontrée quelque temps plus tôt à un arrêt de bus. Nous nous retrouvâmes donc, ou plutôt, c’est elle qui me retrouva car, distrait, je ne l’avais pas remarquée. Je m’en excusai et lui expliquai les raisons de mon air préoccupé. Et cette quasi-inconnue, dont j’ignore toujours le prénom, me donna alors l’idée de ma demande en mariage en me posant simplement une question : « Quels sont les centres d’intérêt de ton futur mari ? ». Voilà comment est née l’idée de créer un escape game géant. Un incroyable alignement des planètes ! Le mois suivant, me voici invité à l’enterrement de vie de jeune fille de Flore, une amie. Le thème choisi : un escape game organisé en extérieur. Une idée géniale et inspirante ! Il ne me restait plus qu’à trouver le lieu idéal pour mon propre événement. Je savais que ma demande devait se faire dans un cadre intime, ce qui excluait Paris, où nous vivions. […]
Sydney, ma terre d’adoption
Depuis mon adolescence, je cultive un attrait avéré pour les pays anglophones. Nous étions alors au mitant des années 1990 et je nourrissais une véritable fascination pour les séries télévisées telles que Beverly Hills, Melrose Place ou Hartley cœur à vif. Les grands espaces, les campus, la plage, le soleil, la bande de copains… voilà de quoi s’est nourri mon imaginaire et comment est né mon désir de contrées lointaines. Tout ce que je voyais à travers le petit écran, je voulais le vivre grandeur nature. Cette envie d’ailleurs, je la tiens de ma tante Christiane – Takik pour les intimes. N’ayant pas eu la chance de faire des études mais ayant l’âme voyageuse, elle avait répondu à une offre de jeune fille au pair et s’est envolée pour les États-Unis. En prévision de son départ, Takik s’était rendue à la banque pour échanger quelques francs contre des dollars. Elle était alors tombée sur un banquier froid et condescendant, qui l’avait toisée comme si elle n’était qu’une rêveuse désargentée, ridicule avec ses trois francs six sous. Qu’à cela ne tienne : courageuse et déterminée, ma tante a non seulement vécu son rêve américain, mais m’a également inculqué qu’à l’impossible nul n’est tenu ! Vivre ses rêves éveillée Lorsque je suis entrée en école de commerce, j’avais en tête d’effectuer ma deuxième année à l’étranger. Je savais qu’un échange avec l’Amérique du Nord était possible, et j’avais imaginé partir à Vancouver au Canada – plus accessible, pensais-je, que le bout du monde australien. Les États-Unis, en revanche, étaient d’emblée écartés de mes projets en raison d’un déboire d’ordre affectif lors d’un précédent séjour au Texas. À la rentrée, une étudiante m’accueille en coupant nette mes velléités d’exotisme : « Ne nourris pas de faux espoirs : les séjours à l’étranger sont réservés aux élèves de master ». Quelle déception ! Pourtant, une petite voix intérieure m’incitait à ne pas me décourager. Quelque temps plus tard, le directeur de l’école me convoque. N’étant pas du genre à faire les quatre-cents coups, je me suis dit qu’il devait y avoir une bonne raison à cet entretien. Je sors de la salle de classe. Lui descend les marches face à moi et m’annonce solennellement : « L., tu es majeure de ta promotion. Nous ouvrons un partenariat avec une université de Sydney. Si tu souhaites y effectuer ta deuxième année d’études, tu es prioritaire ». Cette scène restera gravée dans ma mémoire à tout jamais : ce fut l’un des plus beaux jours de ma vie ! Cette ville, j’en rêvais, même si certains professeurs tentaient de m’en dissuader, estimant que l’Australie se résumait aux surfeurs et aux kangourous. Selon leurs dires, une expérience dans ce pays desservirait ma carrière. Ces rabat-joie briseurs de rêves commençaient à m’exaspérer au plus haut point. Il était temps de me rebeller, de suivre l’exemple de ma tante et de mettre les voiles. Une copine de classe rencontrée au cours de mes précédentes études m’avait déjà sensibilisée à la cause australienne car sa sœur vivait à Sydney. Mais mon premier coup de cœur pour cette ville s’est produit à travers mon poste de télévision, lors de la diffusion de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 2000. J’ai ressenti un mélange d’admiration et d’émerveillement tels que je me suis dit que ce devait être formidable de vivre là-bas, à l’autre bout du monde. Je n’allais pas être déçue… […]