
Il y a des saisons qui nous poussent vers l’extérieur. Et puis il y a l’automne, qui semble doucement nous ramener vers nous-mêmes. Lorsque les journées raccourcissent et que le rythme ralentit, les souvenirs prennent parfois davantage de place.
Et si c’était le bon moment pour commencer à écrire son histoire ?
Il y a, dans l’automne, quelque chose qui nous ramène doucement vers nous-mêmes.
Les journées raccourcissent. La lumière change. Les terrasses se vident, les agendas de la rentrée commencent à retrouver leur rythme, les fenêtres se ferment un peu plus tôt. Après l’effervescence de l’été, vient le temps des retrouvailles avec l’intérieur : celui de la maison, mais aussi, parfois, celui de la mémoire.
Et si c’était justement le bon moment pour commencer à écrire son histoire ?
L’automne, une saison qui se souvient
Il suffit parfois de l’odeur de la pluie sur l’herbe fraiche, du parfum des châtaignes grillées, du bruissement des pas sur les feuilles mortes ou de la lumière particulière d’un matin brumeux pour qu’une époque entière resurgisse.
Une promenade en forêt à ramasser des pommes de pin.
Un rayon de soleil qui vient réchauffer le visage rougi par le froid.
La main d’un grand-père qui nous entraînait à la découverte du monde.
Le chant d’une soupe qui mijotait sur le feu.
Un détail, presque rien. Et pourtant, presque tout notre monde résumé en instant.
Car ainsi fonctionne notre mémoire autobiographique. Elle ne conserve pas seulement des dates et des événements : elle est intimement liée aux émotions, aux sensations, aux personnes que nous avons aimées, aux lieux que nous avons habités et au récit que nous avons construits, au fil du temps, autour de notre propre existence.
Les chercheuses Susan Bluck et Nicole Alea se sont notamment intéressées aux différentes fonctions de cette mémoire autobiographique. Se souvenir contribue notamment à maintenir un sentiment de continuité avec soi-même, à nourrir nos liens avec les autres et à donner du sens à notre parcours.
Le titre de l’un de leurs travaux semble d’ailleurs avoir été imaginé pour une journée d’automne : Why Do I Remember the Autumn?
Et si c’était justement cela que l’automne venait réveiller en nous : le goût des souvenirs ?
La question est belle : pourquoi certains moments de notre vie restent-ils si présents ?
Peut-être parce qu’ils racontent davantage que ce qui s’est réellement passé.
Quand la saison ralentit, les souvenirs prennent davantage de place
L’automne n’est peut-être pas, scientifiquement, la saison de l’inspiration. Mais il semble parfois offrir quelque chose de précieux à ceux qui écrivent : davantage de temps tourné vers l’intérieur.
Une étude menée auprès de 33 écrivains italiens reconnus a justement exploré le rapport entre saisons, humeur et activité créative. Si les chercheurs n’ont pas établi de lien statistiquement significatif entre saisonnalité de l’humeur et créativité, certains écrivains associaient davantage leur activité créative aux mois d’automne et d’hiver. Les auteurs avancent notamment l’hypothèse que les périodes où les activités extérieures se réduisent puissent laisser davantage de place au travail intérieur
Ainsi, en automne, quelque chose d’autre peut se jouer.
Lorsque les activités extérieures diminuent, que les soirées s’allongent et que la lumière devient plus douce, nous pouvons avoir davantage envie de nous tourner vers des activités calmes : lire, regarder des photographies, classer des papiers, retrouver des lettres anciennes… ou écrire.
Cette introspection peut devenir une occasion de prêter attention à ce qui, dans le tumulte des mois précédents, était resté en suspens.
L’automne ne crée donc pas nécessairement l’inspiration. Mais il semble créer de meilleures conditions pour l’écouter.
Écrire son histoire, c’est apprendre à regarder autrement ses souvenirs
Commencer une autobiographie ne signifie pas nécessairement raconter sa vie de la première à la dernière page.
Il n’est pas besoin de savoir, dès le premier jour, quelle forme prendra le livre.
On peut commencer beaucoup plus simplement.
Par une photographie.
Une maison.
Un visage.
Une date.
Une phrase entendue dans l’enfance.
Ou même par cette question toute simple :
« Quel souvenir aimerais-je être certain de ne jamais oublier ? »
L’écriture autobiographique commence souvent là : dans le détail.
Car les souvenirs les plus précieux ne sont pas toujours les grands événements que l’on raconterait spontanément lors de retrouvailles familiales. Ils se cachent parfois à la marge : un repas dominical, une dispute oubliée de tous sauf de soi, le grincement d’un escalier, un claquement de talon, une rengaine sifflotée, un voyage en train, quelques mots prononcés par une personne disparue…
Écrire devient alors un merveilleux moyen de leur donner une place.
L’automne et le temps de la transmission
Il existe aussi, dans cette saison, une dimension particulière de transmission.
L’été appartient souvent au mouvement : les départs, les retrouvailles, les voyages, les réunions de famille.
L’automne, lui, semble nous rappeler que le temps passe.
Les enfants grandissent.
Les parents vieillissent.
Les maisons changent.
Certains proches ne sont plus là.
Et soudain, une question apparaît :
Que restera-t-il de tout ce que j’ai vécu si je ne le raconte pas ?
Écrire son histoire peut alors devenir bien davantage qu’un exercice littéraire. C’est une façon de transmettre une mémoire familiale. De laisser des mots à ceux qui viendront après nous. De raconter ce que les photographies ne disent pas. De faire entendre une voix, avec ses expressions, ses souvenirs, ses silences et ses petits détails.
Les recherches consacrées à l’écriture de soi (« life writing ») montrent que mettre sa vie en récit ne consiste pas simplement à aligner des souvenirs : c’est aussi une manière de leur donner du sens et de construire un fil entre les différentes étapes de son existence.
Écrire sa vie n’est donc pas simplement déposer des souvenirs sur le papier : c’est aussi construire un récit à partir de ce que l’on a vécu.
Écrire à l’automne, pour retrouver le fil de son histoire
Peut-être est-ce finalement cela que l’automne nous offre : un peu de recul.
Entre deux saisons, entre ce qui vient de s’achever et ce qui commence à peine, nous regardons parfois notre propre chemin avec davantage de distance.
L’automne nous apprend que les choses changent de couleur sans disparaître.
Les feuilles tombent, mais l’arbre demeure.
Nos souvenirs aussi se transforment. Certains s’effacent, d’autres reviennent avec une précision inattendue. Certains prennent un autre sens au fil des années.
Les écrire, c’est leur offrir un écrin.
Alors, si vous avez depuis longtemps l’envie de raconter votre histoire, pourquoi ne pas profiter de cette rentrée pour commencer ?
Comme j’aime à le répéter, il n’est pas nécessaire d’avoir une histoire extraordinaire. Il suffit d’avoir une histoire qui compte pour vous.
Et peut-être qu’au détour d’une photographie, d’une lettre ou d’un souvenir d’automne, vous trouverez la première phrase.
Et si vous commenciez à raconter votre histoire ?
Je vous accompagne dans l’écriture de votre récit de vie, de votre autobiographie ou de votre histoire familiale, à partir de vos souvenirs, de vos récits et de vos archives.
Parce que chaque vie possède ses silences, ses détours, ses rencontres et ses moments précieux.
Et parce que toute histoire mérite d’être racontée.