Une rencontre irréelle
J’ai vécu un accouchement idyllique : sans douleur, mais rempli de rires. Une expérience que je souhaite à toutes les futures mamans.
Tout a commencé la nuit du 14 janvier 1987. Je ressens des contractions de plus en plus rapprochées, et mon ventre se durcit. Le lendemain matin, vers dix heures, mon frère me conduit à la maternité, accompagné de ma soeur aînée. Une infirmière m’examine : le travail commence à peine. Mais en raison de mes nombreux allers-retours entre la maison et la clinique depuis plusieurs semaines, le gynécologue préfère déclencher l’accouchement.
L’anesthésiste, particulièrement doux et habile – il ressemblait à Pierre Richard, l’acteur maladroit et attachant -, me pose la péridurale si délicatement que je ne sens même pas l’aiguille. Ma soeur étant restée à mes côtés, nous passons la journée à nous raconter des bêtises et à rire comme deux gamines, au point de nous demander quel produit avait été injecté dans la péridurale !
Soudain, ma soeur, qui contrôlait régulièrement le monitoring, se rend compte que les constantes du bébé baissent. Elle appelle l’infirmière, qui me fait aussitôt basculer sur le côté : mon fils montrait des signes d’insuffisance respiratoire.
Quelques instants plus tard, elle me perce la poche des eaux. Dès lors, tout s’enchaîne. L’ambiance reste bon enfant, nous plaisantons avec l’équipe médicale. L’obstétricien arrive, affichant une certaine décontraction, et m’avertit, sourire aux lèvres : «
Allez, il va falloir pousser ! »
Maman louve
Ma soeur me tient la main, je pousse de toutes mes forces. Un souvenir précis me reste de cet instant : le chandail gris de l’infirmière contre lequel je me suis retrouvée nez à nez en rouvrant les yeux entre deux poussées. Celle-ci était en train d’appuyer énergiquement sur mon ventre pour aider le bébé à sortir. Cette technique, que je ne connaissais pas, m’a pour le moins surprise.
Mon fils est né à l’aide de cuillères – un signe pour le gourmand qu’il allait devenir ! La sage-femme me le pose sur le ventre. Je l’accueille en m’exclamant : « Oh, il est tout bleu ! On dirait un Schtroumpf.“
Je l’ai entendu pousser un petit cri, puis l’équipe l’a emmené pour les premiers soins. Sa naissance a été si rapide que j’ai eu du mal à réaliser que ce bébé était le mien. Cela me semblait irréel, comme dans un rêve. Moi qui pensais pleurer à chaudes larmes au moment de notre rencontre… eh bien non. J’étais comme en état de choc.
Et pourtant, je me suis immédiatement sentie une mère louve, prête à veiller sur son petit à chaque instant. Lorsqu’on m’a ramenée dans ma chambre, je n’ai pas dormi. J’ai passé la nuit à observer mon fils, à compter les dix doigts de ses mains, à respirer son odeur, et à me répéter : « C’est vraiment moi qui ai fait ce bébé ? »